Les différentes formes de l'athéisme

Publié le par L-Philosophie


Pour l'Eglise triomphante, les athées sont ceux qui ne respectent pas la totalité des dogmes.

Pour l'Eglise en perte de vitesse, les athées se limitent aux seuls matérialistes.
Tous les autres, qui vivent sans dieux, sont des croyants qui s'ignorent.


Cette page présente les différentes formes que peut prendre l'athéisme, chez les philosophes ou les auteurs, qu'ils soient croyants ou pas. Le but n'est pas de créer des catégories d'athées, mais de montrer combien les nuances sont nombreuses, comme souvent pour ce qui touche à l'humain. Les différences vont parfois jusqu'à l'antinomie. Les définitions peuvent même varier d'un auteur à l'autre. Il n'est donc pas toujours facile de s'y retrouver.
Chacune de ces formes est illustrée par une réponse à la question "Croyez-vous que Dieu existe?"

      Quelle forme d'athéisme convient-il d'avoir ?
      C'est à chacun de le décider.
      L'athéisme sera ce que les athées en feront.


Croyez-vous    
que Dieu existe?    
Athéisme affirmatif
Voir athéisme positif et assertorique

Dieu n'existe pas.
Athéisme agnostique
La question de l'existence de Dieu est insoluble.
Il serait plus judicieux dans ce cas de parler d'agnosticisme. Celui-ci déclare l’absolu, le divin et la métaphysique inaccessibles à l’esprit humain et à la perception. Il professe une complète ignorance touchant à la nature intime, à l’origine et à la destinée des choses. Dieu étant inconnaissable, l’agnostique ne peut se prononcer sur son existence, en conséquence, il ne sert à rien de rendre un culte à Dieu.

Je ne peux pas répondre à la question de l'existence de Dieu.
Athéisme anticlérical
L'hostilité à l'égard du clergé, jugé conservateur et qui refusait de se soumettre au droit commun, a atteint, en France son apogée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle lors du combat pour la laïcité. Chez les athées, l'anticléricalisme est directement proportionnel au pouvoir du clergé dans la société civile.

Je ne crois pas en Dieu, mais le fléau de l'humanité c'est le clergé.
Athéisme antireligieux
Plus que la négation de Dieu, c'est la dénonciation des religions qui est jugée la plus importante.

Je ne crois pas en Dieu, mais le fléau de l'humanité c'est la religion.
Athéisme assertorique
La non existence de Dieu est posée comme une vérité. On peut, pour cela, s'appuyer sur le principe d'Euclide "Ce qui est affirmé sans preuve, peut être nié sans preuve."

Dieu n'existe pas. C'est au croyant de prouver qu'il existe.
Athéisme conquérant
Il est associé au développement de la science et de la société industrielle qui fait de l'homme un démiurge et de l'athéisme un ferment révolutionnaire.

La science et la modernité finiront par avoir raison de la croyance en Dieu.
Athéisme désenchanté
Il est lié au désenchantement universel des philosophes de l'angoisse et du désespoir religieux. Pessimiste, il constate que la vie est absurde, qu'elle n'a pas de sens, hormis celui que l'homme veut bien lui donner. Considérant que tout est fugace, provisoire, éphémère, qu'il n'y a pas d'espérance ni possibilité d'atteindre la vérité, il peut conduire au nihilisme.
Exemple : l'existentialisme athée.
"Exister c'est être là simplement... Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter."
(Jean-Paul Sartre / 1905-1980 / La Nausée)

Dieu n'existant pas, la vie n'a pas de sens. La vie n'est qu'une étincelle absurde sortie du néant pour y retourner.
Athéisme dogmatique
Il nie catégoriquement et de manière péremptoire l'existence de Dieu. Cette certitude est admise une fois pour toutes. L'athéisme dogmatique est souvent associé au communisme.

Dieu n'existe pas.
C'est une certitude.
Athéisme fidèle
Il est énoncé par le philosophe André Comte-Sponville qui se reconnaît dans une certaine tradition et histoire des valeurs gréco-judéo-chrétiennes. Il propose que les croyants et les athées se rassemblent sur des valeurs communes comme la tolérance, l'expérience de la vie, l'amour, la compassion, une certaine idée de l'homme…

Je ne crois pas en Dieu, mais je reste fidèle aux valeurs gréco-judéo-christianisme dont est issue notre société.
Athéisme idéologique
La non-croyance en Dieu devient le support ou l'un des supports philosophiques d'une idéologie. Pour les croyants, il est associé au marxisme, considéré comme une religion et teinté de l’idéalisme des "lendemains qui chantent".

L'athéisme permet de répondre à tous les problèmes humains.
Athéisme indifférent
Voir athéisme pratique.

La question de Dieu ne m'intéresse pas.
Athéisme humaniste
On parle plus fréquemment d'humanisme athée. L'homme, placé au centre des préoccupations, est substitué aux divinités et autres représentations religieuses.
"L'homme est dans la mesure de toute chose" (Protagoras / 485-410 avant JC )
Par l'éducation et l'usage de la raison, il peut s'élever au-dessus de l'animalité et s'émanciper. L'authenticité des textes des anciens philosophes est recherchée comme fondement de la culture.
Une dérive consiste à faire de l'homme un nouveau Dieu.
Pour les croyants, l'athéisme humaniste est considéré :
- soit comme une nouvelle forme de religion qui a conduit au totalitarisme,
- soit comme une attitude visant moins à nier Dieu qu’à promouvoir la liberté et la dignité humaine. Les croyants cherchent ainsi à en minimiser l'athéisme.

Dieu ne peut exister car il rendrait impossible l'action de l'homme.
Athéisme logique
L'existence de Dieu est énoncée positivement, ou tout au moins, n'est pas niée priori, mais celui-ci est décrit de telle manière que son existence est rendue impossible. C'est le cas du panthéisme (Spinoza).
Cette démarche intellectuelle conduit en général à l'athéisme "tout court".
"L'athée logique ne peut prendre aucun intérêt à la vie ; c'est là la vraie sagesse, mais c'est, à mon avis, trop de sagesse ; c'est l'indifférence du fakir. Je suis fort aise, pour ma part, d'avoir, à côté de mon athéisme logique, une conscience morale résultant d'une quantité d'erreurs ancestrales, et qui me dicte ma conduite dans des cas où ma raison me laisserait noyer."
(Félix Le Dantec, biologiste / 1869-1917 / L'athéisme)

Dieu est l'univers. Dieu est tout. Donc il est dans les imperfections de la nature. Donc Dieu est imparfait. Donc…
Athéisme métaphysique
La question de l'existence de Dieu est destinée à rester sans preuve scientifique. C'est, en général, un discours aussi peu compréhensible que le théisme métaphysique.

Athéisme méthodologique
Il consiste, pour certains scientifiques, à poser comme principe à leur démarche la non-existence de Dieu, laissant à la science le soin d’expliquer l’univers et l’homme. La croyance doit laisser la place au savoir.
"Dieu? Je n'ai pas besoin de cette hypothèse."
(Marquis Pierre Simon de Laplace / 1749-1827)

Dieu est un concept inutile pour expliquer le monde.
Autre définition (au Moyen Age)
Attitude consistant à faire "comme si le seul ordre existant était celui de la nature, et donc comme si Dieu n’existait pas" (une forme de panthéisme). Elle a conduit, sur le plan politique, à la revendication d’une séparation des pouvoirs et, au-delà, à l’athéisme "politique" d’un Machiavel.

C'est la nature qui régit le monde.
Athéisme de naissance
Tous les hommes sont athées à la naissance. Il n'y a pas de chrétiens ou de musulmans de naissance.
C'est le milieu familial ou l'environnement qui, pendant l'enfance, fait que l'homme adhère à telle ou telle religion, ou à aucune. Rares sont ceux qui changent de religion au cours de leur existence. Ceux qui ont choisi d'être athées, l'ont fait en connaissance de cause, en connaissant au moins une religion ou en sachant ce que c'est.
Le véritable athée de naissance serait celui qui vivrait au sein d'une communauté qui n'aurait pas de religion et ignorerait le concept de Dieu. Autant dire que cela n'existe pas. Il serait intéressant de savoir au bout de combien de générations apparaîtraient les premières croyances et quelle forme elles prendraient. Ce serait sans doute réinventer l'histoire de l'humanité.
Si les hommes sont tous athées de naissance, ils sont aussi tous crédules de naissance. La curiosité et la soif d'explication de l'enfant sont intarissables, mais c'est surtout la confiance dans les adultes qui l'entourent et qui l'aiment, qui amène l'enfant à croire tout ce que ceux-ci lui racontent. Il croit au Père Noël jusqu'à ce que ses parents lui expliquent la supercherie. De même, il croit en Dieu, mais là, il est très rare que ceux qui lui en ont parlé lui révèlent la mystification. Même si c'était le cas, on l'a déjà frustré avec le Père Noël, on va ne pas, en plus, le priver de Dieu !!!

Je ne sais pas ce que c'est qu'une religion et je n'ai jamais entendu parler de Dieu.
Athéisme négatif
C’est la forme de base et la plus simple de l’athéisme. L’athéisme étant un mode de pensée qui se définit par opposition à un autre (théisme, déisme, croyance en une entité supranaturelle…), sa caractéristique première est d’être négatif.
L'athéisme négatif consiste à ne pas croire à l’existence de Dieu. Il considère ne pas avoir de justification à donner. Parfois, il tente, en vain, d'avancer des preuves de l’inexistence de Dieu sans ébranler les religions, car il ne répond pas aux attentes de l'homme. En effet, l'athéisme négatif n'apporte aucune explication au monde, ni réconfort face aux épreuves de la vie et ne laisse entrevoir aucune "consolation" après la mort.

Je ne crois pas en Dieu.
Athéisme orgueilleux
Il peut se manifester chez ceux qui ont reçu une éducation religieuse, qui ont eu la foi ou qui ont cru l'avoir, et qui vivent leur nouvelle vie d'athée comme une renaissance, une libération, une émancipation. Ils peuvent ressentir leur parcours comme une victoire, avec fierté, voire orgueil et regarder avec une forme de condescendance ceux qui croient encore.
"Peu de gens sont dignes de ne croire à rien."
(Jean Rostand / 1894-1977 / Pensées d'un biologiste)
Les athées "depuis toujours" (élevés dans un environnement athée) ne peuvent ressentir cela.
Si orgueil il y a, il n'est que passager. La plupart des athées poursuivent leur route sans se préoccuper des questions religieuses. Et les rares qui militent ne peuvent que faire preuve d'humilité face à l'immensité de la tâche.

Je suis fier d'être devenu athée et je plains ceux qui sont encore croyants.
Athéisme passif
Voir athéisme pratique ou indifférent.

Athéisme philosophique
La philosophie a permis de donner à l’athéisme une légitimité qui l'a fait sortir de la clandestinité ou de ce qui était considéré comme une maladie de l’esprit. L’athéisme philosophique s’appuie sur des raisonnements théoriques et pratiques. C’est d’abord l’absence d’arguments valables pour croire en existence d'un dieu quelconque, qu’il soit conçu par l’homme (anthropomorphique) ou métaphysique. En outre, la croyance en un être supranaturel et suprême est ressentie comme une dévaluation de la vie humaine ou comme l'expression d'un abandon infantile.
Ex : Bayle qui en est l’initiateur, Holbach, Feuerbach, Nietzsche, Sartre, Comte-Sponville...
"Les individus ne reconnaissent un Dieu au-dessus d'eux que pour posséder en lui un espace infini où ils puissent étendre et étaler dans l'éternité leur individualité particulière, pitoyable."
(Ludwig Feuerbach / 1804-1872 / Pensées sur la mort et l'immortalité)

Je ne crois pas que Dieu existe. Voici pourquoi : …
Athéisme positif
Sens 1 : C’est un athéisme raisonné s’appuyant sur des bases philosophiques. Voir athéisme philosophique.
Pour Jean-Paul Sartre, il n'est ni facile, ni plaisant, mais c’est une vérité âpre et dure qu’il faut conquérir de haute lutte et pour laquelle, une fois conquise, il faut accepter de souffrir.

Sens 2, par analogie avec l'athéisme négatif, il est formulé comme une croyance en la non-existence de Dieu. Si l'on considère que croire ne doit se rapporter qu'à un concept formulé de manière positive ou affirmative, alors cette formulation n'a pas de sens. Au mieux, elle est équivalente à l'athéisme négatif.
Je crois que Dieu n'existe pas
Athéisme "pratiquant"
L'athée pratiquant ne croit pas en Dieu, mais il suit parfois les offices religieux, par plaisir, pour la quiétude des lieux, leur fraîcheur en été, le caractère rassurant de l'immuabilité des rites, pour la beauté des vitraux sous le soleil, pour les frissons procurés par les chœurs, pour le spectacle (gratuit ou presque)... Comme les catholiques intégristes, mais pour d'autres raisons, il regrette la messe en latin, car autrefois, l'esprit pouvait flotter sans se laisser déconcentrer par les paroles du curé.
Cette forme d'athéisme est peu répandue, sauf si on met dans cette catégorie ceux qui vont à la messe par habitude ou conformisme sans vraiment adhérer sur le fond. En clin d'œil à l'athéisme pratique, on pourrait parler de "théisme pratique".

Je ne crois pas en Dieu, mais je vais à la messe par plaisir.
Athéisme pratique
C'est vivre et se comporter comme si Dieu n'existait pas, sans le combattre ou le nier a priori. Toute croyance en un dieu quelconque est considérée comme inefficace, donc inutile.
Cette expression est fréquemment utilisée par les croyants. Les religions (catholique notamment) voient dans l'athéisme pratique le mal du siècle qui vide les églises.

Je ne m'intéresse pas à Dieu. Il m'est indifférent. Croire ne sert à rien. Je vis très bien sans.
Athéisme sémantique
Le problème de l'existence de Dieu est considéré comme dénué de sens. Une phrase contenant le mot Dieu, terme sans référence compréhensible, échappe à l'intelligence.
""Athée" ne suis-je même pas, car je ne prononce pas le mot "Dieu", fut-ce pour le dire sans objet."
(Marcel Conche / né en 1922 / Le sens de la philosophie)

Je ne comprends pas ce que vous entendez par Dieu. Votre question n'a pas de sens.
Athéisme scientifique
Il s'appuie sur les progrès et les découvertes de la science pour dénoncer les contradictions des religions "révélées". Un excès de cette forme d'athéisme est d'ériger la science et le progrès technique en religion.
Voir également l'athéisme conquérant.

Je ne crois qu'en la science. C'est elle qui nous permettra de connaître la Vérité.
Athéisme théorique
Forme d'athéisme militant qui s'appuie sur un raisonnement philosophique, par opposition à l'athéisme pratique. C'est le cas du matérialisme (Holbach, Feuerbach) ou de l'existentialisme athée (Sartre).
Voir athéisme philosophique.

Athéisme tranquille
Forme assez proche de l'athéisme indifférent qui renvoie les dieux d'où ils viennent tranquillement, un peu à la manière d'Epicure.

Je ne crois pas en Dieu. Cette question ne me préoccupe pas et je vis très bien comme cela.
Athéisme virtuel
Expression voisine de l'athéisme logique.
Du point de vue des religions, c'est une attitude où l'on considère Dieu comme étant le Tout, l'univers au sens large. C'est une forme de panthéisme, un premier pas vers l'athéisme.

Dieu, c'est la nature.


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jean-louis 17/09/2016 20:18

Tout cela est quand même idéologique au sens où une pensée construite, plus ou moins dirigée contre Dieu, plus ou moins démontrée scientifiquement, voudrait justifier l'athéisme.
Je vois l'athéisme comme une évidence de tous les instants, comme une conscience intègre. L'athéisme n'est pas seulement l'état naturel de tout enfant qui naît, c'est l'état naturel de toute personne qui se respecte.
Vous ne citez pas de philosophes athées. Les meilleurs représentants, pour moi, sont Stirner et Sade. Au-delà des scènes de cruauté inacceptables de ce dernier, il est clair que sa philosophie est d'une rare clairvoyance et modernité.